30 000 fournisseurs, un défi commun
23/03/2026
À imec, à Louvain, leader mondial de la recherche en semi-conducteurs, le défi climatique dépasse désormais les frontières de l’organisation pour s’étendre à l’ensemble de sa chaîne de valeur. Depuis le département des achats, Ann-Sophie Vanwinsen développe une approche fondée sur le dialogue actif et des actions ciblées.
imec est à la pointe de l’innovation technologique. En tant que centre de recherche dans l’industrie des semi-conducteurs, avec des clients tels qu’Apple, Microsoft et ASML, il explore chaque jour ce que les puces rendent possible dans notre société : des smartphones aux voitures, jusqu’à des applications qui n’existent pas encore. Comment les rendre plus petites, plus efficaces, tout en étant plus durables ?
« Lorsque nous avons cartographié pour la première fois l’ensemble de nos émissions de scope 3 en 2023, une chose est immédiatement apparue clairement : le véritable défi ne se situait pas en interne. » Plus de 90 % des émissions totales se trouvaient dans la chaîne de valeur. « Rien ne changera dans notre empreinte si nos fournisseurs ne bougent pas avec nous. »
– Ann-Sophie Vanwinsen, Category Buyer chez imec
Une chaîne de valeur difficile à mesurer
« Une grande partie de notre chaîne d’approvisionnement était en réalité une boîte noire », explique Ann-Sophie. Avec des dizaines de milliers de fournisseurs et très peu de données disponibles au niveau des produits, une mesure précise s’est révélée complexe. La première année, un seul fournisseur a fourni une empreinte carbone produit.
Par ailleurs, ces données évoluent en permanence. De nouveaux éclairages, de nouvelles données et une maturité croissante font que les chiffres se déplacent d’une année à l’autre. Ce qui semble être une référence aujourd’hui peut déjà être dépassé demain. Tracer une trajectoire fixe devient dès lors presque paradoxal.
Avec 30 000 fournisseurs, il devient vite évident qu’on ne peut pas mobiliser tout le monde en même temps. « On peut contacter tous ses fournisseurs, mais cela donne rarement des résultats probants. » imec fait donc le choix de se concentrer. Non pas tout le monde à la fois, mais une sélection ciblée : des fournisseurs déjà avancés, des partenaires à fort impact, et des acteurs où le potentiel reste important.
Chez les plus avancés, le levier réside dans l’accélération, apprendre de ce qui fonctionne déjà. Chez les fournisseurs moins matures, il s’agit souvent de revenir aux bases : expliquer, se réunir, définir les premières étapes. « Parfois, il s’agit simplement d’expliquer les scopes 1, 2 et 3. Ou de regarder ensemble par où commencer concrètement. »
Du questionnaire au dialogue
Cette approche implique également une autre manière de travailler. Les questionnaires restent un point de départ nécessaire et offrent une première photographie. Mais ils sont rarement suffisants pour générer de réels progrès. « Beaucoup de fournisseurs renvoient simplement à leur rapport de durabilité, mais cela ne permet pas d’aller jusqu’au niveau du produit. »
La véritable avancée naît dans l’échange. Cela implique aussi de dépasser les interlocuteurs habituels : ne pas se limiter aux équipes commerciales, mais dialoguer avec les personnes directement impliquées dans le fond – équipes durabilité, experts ACV ou responsables énergie. Une fois ces profils autour de la table, la dynamique change.
« Les échanges sont souvent bien plus constructifs qu’on ne pourrait l’imaginer. »
Une base interne solide est indispensable
Cette dynamique externe nécessite également des fondations internes solides. Chez imec, il ne s’agit pas d’un projet annexe. Cela demande du temps, des ressources humaines et des choix clairs. « Ce n’est pas une activité que l’on peut gérer en parallèle dans un fichier Excel. C’est un travail à temps plein. »
Avec le soutien à la fois du Sustainability Director et du directeur des achats, le sujet prend du poids au sein de l’organisation. Cela se traduit concrètement par du temps dédié, des priorités claires et un ancrage structurel du sujet. « Environ la moitié de mon temps est consacrée à la durabilité. C’est ce qui permet de vraiment l’ancrer : planifier des réunions, définir des KPI et suivre les résultats. »
Ne pas attendre des données parfaites
Lorsqu’on demande à Ann-Sophie quel est le principal écueil, sa réponse est toujours la même : « attendre que les données soient parfaites ». Dans un contexte où l’information évolue en permanence, la perfection n’est pas un point de départ réaliste. « La qualité des données ne sera jamais parfaite. Il faut oser commencer avec ce que l’on a. »
C’est pourquoi imec opte délibérément pour une approche 80/20 : avancer par petites étapes, lancer des projets pilotes ciblés, expérimenter et ajuster en continu.
Un réseau au bon moment
C’est précisément à cette phase d’exploration et de tâtonnement que le réseau d’apprentissage Decarbonised Supply Chains de The Shift a croisé la route d’Ann-Sophie. « Je cherchais activement des solutions. Et soudain, il y avait un programme parfaitement aligné avec notre situation du moment. »
Le timing ne pouvait pas être meilleur. Ce qui a suivi n’était pas un parcours de formation classique, mais une série d’échanges ouverts avec des entreprises issues de secteurs très différents : télécoms, construction, emballage. Des réalités différentes, mais des questions étonnamment similaires.
Dans un groupe restreint, un espace s’est créé pour la sincérité. Sur ce qui ne fonctionne pas encore. Sur les incertitudes. Sur la complexité, parfois, de faire avancer les choses. « On se rend compte que tout le monde fait face aux mêmes obstacles. Cela enlève aussi une partie de la pression. Il y avait quelque chose de presque thérapeutique. En même temps, des exemples concrets, des défis familiers et des points de comparaison aident à nourrir les discussions en interne et à appuyer les choix. »
Et maintenant ?
Aujourd’hui, imec travaille à un plan d’action climatique concret pour le scope 3. Du côté des achats, une grande partie est déjà en place. Mais le parcours reste en mouvement. De nouvelles données continueront d’émerger. Les fournisseurs évolueront davantage, ou prendront du retard. Les attentes des clients et de la réglementation ne feront que croître.
« Le véritable point de bascule ? C’est lorsque les fournisseurs ressentent qu’il y a des conséquences à ne rien faire. Idéalement aussi financières, car ce sont souvent les plus parlantes. La durabilité ne peut plus rester un concept abstrait : elle doit devenir une partie intégrante de notre manière de travailler. C’est, pour moi, le scénario idéal. »
Car au fond, c’est là que réside le cœur du défi. Pas uniquement dans la mesure. Ni dans le reporting. Mais dans la capacité à mettre en mouvement ce qui semble encore, aujourd’hui, hors de portée.
Vous aussi, comme Ann-Sophie, souhaitez-vous vous attaquer à la majeure partie de vos émissions au sein de votre chaîne de valeur ?
The Shift fait tomber les murs et réunit autour de votre table des unusual suspects : des pairs issus d’autres secteurs, des entreprises de référence, des experts et des décideurs publics. Ensemble, nous relevons vos défis de durabilité les plus complexes. Car ensemble, on voit plus loin et on va plus loin. Prêt à rendre votre chaîne d’approvisionnement compatible avec les enjeux climatiques ?