L’énergie comme opportunité stratégique pour les organisations en Belgique

16/12/2025

« Arrêtons de considérer l’énergie comme un centre de coûts et commençons à la voir comme une véritable opportunité pour l’entreprise. » L’énergie après The Shift. Entretien avec Bert Deprest, Directeur commercial chez Aspiravi.

« Le secteur de l’énergie se trouve à un moment charnière », explique Bert Deprest, directeur commercial d’Aspiravi, un acteur énergétique 100 % belge qui détient environ 40 % de l’ensemble des éoliennes en Belgique. « Les dix prochaines années seront incroyablement stimulantes. Pour réussir la transition vers une énergie durable, ce dont nous avons surtout besoin, ce n’est pas tant de nouvelles technologies, mais d’un changement de regard. Il est temps de cesser de considérer l’énergie comme un coût et de commencer à la voir comme une opportunité pour l’entreprise. »

Bert Deprest

Il y a vingt ans, Aspiravi a démarré avec une seule éolienne. Aujourd’hui, l’entreprise exploite 413 turbines, réparties sur l’ensemble du territoire belge et en mer. Avec 94 villes et communes actionnaires et plus de 13 000 coopérateurs citoyens, Aspiravi se distingue par une structure participative, fortement ancrée localement. « Cela fait de nous le plus grand producteur d’énergie, entièrement détenu par des acteurs belges », explique Bert Deprest. « Nous sommes en quelque sorte l’un des secrets les mieux gardés du pays. La marque est peu connue, mais une fois que l’on connaît l’histoire, on commence à voir nos éoliennes partout. »

Par rapport au reste de l’Europe, la Flandre dispose d’une densité relativement élevée d’éoliennes installées par kilomètre carré. « Beaucoup de gens pensent que la transition énergétique est déjà bien avancée », observe Bert Deprest. « Depuis peu, il arrive parfois, en été, que l’ensemble de l’approvisionnement en électricité soit couvert par des énergies renouvelables. Et c’est évidemment une excellente nouvelle. Mais cette transition ne va faire que s’accélérer. »

« Je pense qu’on est aujourd’hui à un tournant. C’est le moment où tout le paysage énergétique est en train d’être repensé. C’est un peu comme Henry Ford lorsqu’il est passé de l’atelier traditionnel à la chaîne de montage. Un basculement similaire est en train de se produire dans le secteur de l’énergie. On glisse d’une production centralisée vers une économie de l’énergie numérique et surtout locale. C’est dans ce nouveau paysage que nous avons très envie de continuer à jouer les pionniers dans les années à venir. »

Obstacles

Mais avant que cette transition ne soit pleinement aboutie, il reste évidemment encore de nombreux obstacles à surmonter. Pour Bert Deprest, le cadre des autorisations est l’un des plus importants. « Il faut deux à trois ans pour obtenir un permis pour une éolienne. En parallèle, nous nous tournons aujourd’hui vers des turbines équipées de pales pouvant atteindre 80 mètres de long. Elles sont nettement plus efficaces que les anciennes pales de 40 mètres. Mais obtenir un permis pour ce type d’installations ne va clairement pas de soi. »

The Shift visit Aspiravi

« Résultat : les prix deviennent trop peu lisibles et les non-spécialistes décrochent. L’énergie paraît inutilement compliquée. Alors que, pour une entreprise, investir dans sa propre capacité de production et de stockage permet d’éviter ce type de pics. On passe à un coût d’investissement fixe, amorti sur dix ans. C’est clair et prévisible. Vous produisez votre propre énergie, seul ou via une coopérative, vous l’utilisez localement et vous stockez ou valorisez ce qui reste. C’est là que nous allons : vers des systèmes intelligents et des communautés intelligentes, qui produisent et consomment localement. »

Aspiravi se concentre en grande partie sur le marché des entreprises. « Nous pouvons accompagner les organisations de A à Z, de la production et de la fourniture d’énergie jusqu’au pilotage et au suivi via des tableaux de bord. L’énergie est automatiquement utilisée au moment où elle est la plus avantageuse. De nombreux acteurs industriels disposent déjà de panneaux solaires, que nous pouvons gérer pour leur compte. Et en cas de surplus, nous veillons à ce que l’énergie soit stockée. La semaine dernière, nous avons d’ailleurs finalisé notre premier parc de batteries, une étape clé pour franchir ces différents obstacles. »

Quelle est alors la principale difficulté ? Pour Bert Deprest, la réponse est claire. « C’est le changement de mentalité. Nous devons cesser de considérer l’énergie comme un poste de coûts et commencer à la voir comme une opportunité pour l’entreprise. Nous sommes encore enfermés dans un paradigme hérité de la révolution industrielle, où l’énergie est produite de manière centralisée et achetée. Il faut en sortir. Toute révolution est une évolution. Le changement n’est jamais simple, mais nous y arriverons. »

Ce sera avant tout plus intelligent

« À mes yeux, il s’agit d’un changement unique dans une vie. L’ensemble du système énergétique est en train d’être repensé. Les dix prochaines années seront extrêmement exigeantes, et nous n’en sommes qu’au début. La loi de Moore s’applique ici aussi. Tous les deux ans, l’efficacité des batteries, des panneaux et des éoliennes double. On parle donc d’une progression exponentielle. Dans dix ans, les technologies seront 32 fois plus performantes. C’est ce qui me donne de l’énergie. »

Lorsqu’on lui demande ce qui va changer pour les ménages, Bert Deprest se met à sourire. « Ce sera surtout plus intelligent. Des communautés intelligentes, des maisons intelligentes, une production et une consommation locales. J’imagine un quartier avec sa propre éolienne à distance, un local technique centralisé, ou une pompe à chaleur commune qui chauffe toutes les maisons, et une zone de recharge partagée pour les voitures. L’élément clé, ce sera la gestion numérique de l’énergie. L’idée n’est pas que les familles deviennent soudain des demi-geeks de l’énergie à dire : “Vite, il faut lancer une machine maintenant, il y a plus de vent !” Tout cela s’automatisera. »

Si l’on élargit le regard au-delà des ménages, on voit également émerger des matériaux de construction intégrant des cellules solaires, des rues et des routes capables de produire de l’énergie, ou encore le solaire flottant. Cela peut encore sembler relever de la science-fiction aujourd’hui, mais dans la pratique, ces innovations s’intégreront de manière très naturelle dans notre quotidien.

« Regardez, c’est de la science-fiction en action ! » s’enthousiasme Bert Deprest, en montrant une vidéo d’une petite éolienne de trois mètres de haut, à rotation horizontale, installée sur un parking. « Je l’ai vue hier, sur un parc d’activités où j’étais en visite. On peut y recharger sa voiture. C’est aussi simple que ça. Bien sûr, on parle aussi de fusion nucléaire. C’est impressionnant, mais je me dis : mieux vaut un “tiens” que deux “tu l’auras”. Ces centrales de fusion, on n’y est pas encore, loin de là. Les énergies renouvelables, elles, existent déjà. Aujourd’hui. Et en Belgique. »

« Au sein d’une organisation comme The Shift, on trouve les pionniers. C’est là que nous voulons porter ce récit, celui d’un changement de mentalité. Les entrepreneurs ne doivent plus voir l’énergie comme un coût, mais comme une opportunité. Un entrepreneur a besoin d’un état d’esprit dynamique, alors appliquez-le aussi à votre facture d’énergie. Si l’on raisonne à long terme, on y gagne, financièrement comme écologiquement. Sur le long terme, il n’y a pas d’alternative à une économie durable. Autant s’y mettre tôt. »

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