La technologie évolue rapidement. Les bus autonomes ne relèvent plus d’un futur lointain réservé aux États-Unis ou à la Chine, souligne Ann Schoubs. « À Louvain, un projet pilote est déjà en cours avec deux bus. Ils apprennent à circuler dans un environnement complexe. Lorsqu’un auditoire universitaire se vide, ce sont des centaines de piétons et de cyclistes qui se retrouvent en même temps dans la rue. Les algorithmes capables de gérer ce type de situation s’améliorent en permanence. La percée du transport autonome aura lieu, j’en suis convaincue. Peut-être dans cinq ans, peut-être dans dix. »
« Est-ce que cela signifie que nos chauffeurs deviendront tous superflus ? Bien sûr que non. Leur rôle évoluera, en revanche. La gestion et le dispatching gagneront en importance. Des stewards seront nécessaires pour accompagner et orienter les passagers. Aujourd’hui, cette dimension humaine est plus difficile à assurer pour les chauffeurs, surtout sur les lignes très fréquentées. C’est un paradoxe intéressant : plus la technologie est avancée, plus elle crée de l’espace pour un véritable contact humain. »
Regarder au-delà de son propre périmètre et co-créer
Ann Schoubs établit un lien entre les bus autonomes et l’évolution vers des services de transport flexibles, à la demande. « Cette évolution est inévitable. Tout le monde sait que l’aménagement du territoire en Flandre rend notre mission plus complexe. C’est un fait avec lequel nous devons composer. Cela nous oblige surtout à réfléchir soigneusement à l’organisation de nos transports publics. Qu’un chauffeur transporte 100 personnes ou seulement 3, l’impact sur l’efficacité des coûts est considérable. Or, nous travaillons avec des fonds publics, que nous devons utiliser de la manière la plus judicieuse possible. »
« Lorsqu’on vit dans une zone isolée, on ne peut pas s’attendre à avoir un arrêt de bus devant sa porte. D’autres solutions sont nécessaires. En 2024, dans les zones moins densément peuplées, nous avons opéré un changement important : passer d’une offre classique et fixe à des services de transport flexibles, à la demande. Cela a suscité de nombreuses réactions. Nous constatons que les usagers doivent encore effectuer un changement de mentalité : ne plus consulter un horaire, mais réfléchir au moment où ils ont besoin d’un déplacement et le réserver. Grâce à des bus de plus petite taille, nous pouvons amener les habitants des zones plus isolées vers les grands axes de transport. Dans cette première couche du réseau, je vois un rôle majeur pour le transport autonome à l’avenir. »
« Ce dont nous avons surtout besoin aujourd’hui, c’est de davantage de coopération. Prenons un exemple : l’essor du vélo électrique a profondément transformé les premiers et les derniers kilomètres des trajets. Pourtant, les infrastructures de stationnement sécurisé pour les vélos ne sont pas encore disponibles partout. Sur ce point, nous avons souvent peu de prise directe et dépendons des gestionnaires de voirie – les villes, les communes ou l’Agence flamande des routes et de la circulation. Or, il s’agit d’un maillon essentiel de la chaîne de mobilité. Tous ces maillons doivent être bien mieux coordonnés. »
« Grâce à une organisation comme The Shift, nous pouvons regarder au-delà de notre propre secteur, vers d’autres entreprises et d’autres domaines. Pour les bus autonomes, nous collaborons avec un partenaire externe : ils apportent la technologie, nous l’expérience du terrain et l’échelle nécessaire pour tester l’innovation et la déployer largement. La co-création et les partenariats sont l’avenir du développement durable. »