Les banques comme alliées de la nature

13/11/2025

Comment le secteur financier peut-il renforcer la biodiversité? Dans cet entretien, Ronny Jongen, Senior Impact Manager, montre comment la Banque Triodos met en place la transition vers des investissements positifs pour la nature et ce que cela implique pour les banques et leurs clients.

Ronny Jongen est Senior Impact Manager à la Banque Triodos et travaille depuis 17 ans dans le financement durable. À travers son rôle dans l’immobilier et le crédit, il étudie comment les banques peuvent stimuler la biodiversité – non pas uniquement comme un risque, mais comme une opportunité de restauration de la nature et de valeur sociétale.

Vous accordez une attention particulière à la biodiversité. Comment cela se traduit-il dans votre manière de travailler et d’investir ?

Ronny: La nature et la biodiversité font partie de l’ADN de Triodos Bank depuis sa création en 1980. C’est le prolongement logique de notre mission: financer le changement, mais aussi transformer le monde financier. Finance change, change finance. Lors de chaque demande de crédit, nous analysons d’abord si c’est en phase avec notre mission: quelle est la valeur culturelle, sociale ou écologique du projet?

Notre objectif est d’investir 500 millions d’euros dans des solutions fondées sur la nature d’ici 2030, allant de la restauration de milieux naturels à l’agriculture régénératrice. C’est pour nous un processus d’apprentissage: nous ne sommes pas experts en biodiversité, mais nous voulons devenir spécialistes du financement de la biodiversité. On ouvre la discussion avec nos clients en testant des projets pilotes et de nouveaux outils.

 

Triodos soutient The Biodiversity Shift en tant que flagship partner. Pourquoi était-il important pour vous d’accompagner ce réseau d’apprentissage?

Ronny: Parce que nous avons besoin à la fois de cadre théorique et d’expérience de terrain. Nous constatons que beaucoup d’organisations rencontrent les mêmes questions : comment rendre les actions en faveur de la biodiversité concrètes et applicables dans un contexte opérationnel ? Comment embarquer son management ?

Le réseau réunit des personnes actives sur le terrain, avec la volonté d’apprendre les unes des autres. C’est ce qui nous a convaincus. Cela nous aide aussi à mieux comprendre les obstacles rencontrés par nos clients ou partenaires, et à les soutenir plus efficacement.

 

Quels défis rencontrez-vous lorsque vous accompagnez vos clients vers plus de nature-positivité?

Ronny: Nous avons la responsabilité d’utiliser l’argent des épargnants de manière appropriée, mais ce que signifie « approprié » n’est pas toujours évident. Il nous faut donc des critères clairs pour mesurer, évaluer et rapporter notre impact. Trouver des projets à la fois écologiquement et financièrement durables reste difficile. Nous voulons investir 500 millions d’euros dans la restauration de la nature, mais le secteur a besoin de plusieurs milliards.

Nous examinons aussi comment intégrer davantage la biodiversité dans nos processus décisionnels, pas seulement dans l’octroi de crédit, mais aussi dans nos investissements et même la gestion de nos bâtiments. Nous développons des KPI pour ancrer cela durablement.

Les projets liés à la biodiversité donnent souvent des résultats sur le long terme, tandis que les financements ont généralement une durée plus courte. Cela complique l’engagement des clients et l’intégration de ces projets dans des modèles classiques. De plus, les bénéfices sont collectifs, tandis que les coûts sont individuels. Trouver un équilibre reste donc le plus grand défi.

Pouvez-vous donner un exemple concret?

Ronny: Nous cherchons surtout des projets où l’on peut créer de l’impact à l’échelle. En Belgique, nous soutenons Natuurpunt et Natagora, par exemple dans l’introduction de nature-based solutions dans le Parc de l’Entre-Sambre-et-Meuse, l’un des plus récents parcs nationaux.

La plupart de nos projets se situent toutefois au Royaume-Uni, en Espagne et en France. Au Royaume-Uni, nous finançons notamment Oxygen Conservation, une organisation qui rachète et restaure de grandes zones naturelles en reboisant, en protégeant les tourbières et en développant l’écotourisme. Ensemble, nous avons développé un modèle où le remboursement du financement est lié aux revenus générés par la restauration des écosystèmes.

Ce sont des projets à échelle modeste, mais porteurs de sens: ils montrent que la restauration de la nature peut être économiquement viable tout en créant de la valeur pour la société.

 

Les clients sont-ils prêts à franchir ce pas?

Ronny : Dans l’immobilier, il y a deux types de personnes : les convaincus et ceux qui ne connaissent pas grand-chose au sujet. Les premiers sont souvent déjà présents dans des programmes tels que Le tournant de la biodiversité. Les seconds ne réalisent pas toujours qu’investir dans la durabilité est également rentable d’un point de vue économique. Les bâtiments durables sont moins inoccupés, ont une valeur plus élevée et attirent plus facilement les jeunes talents.

Nous les accompagnons notamment en assouplissant parfois le loan-to-value et en fixant des exigences minimales: si les investissements durables promis ne sont pas réalisés, nous ne finançons pas le reste du projet.

Qu’en est-il des autres secteurs?

Ronny: Dans l’agriculture, les choses bougent également. D’ici 2026, nous attendons davantage de lignes directrices pour ce secteur. Même dans le secteur du cinéma, nous posons des questions d’impact : peut-on tourner localement, réduire les transports, proposer une restauration végétarienne ? Ce sont de petits gestes, mais ils font réfléchir.

Qu’est-ce qui vous motive personnellement à travailler sur la biodiversité ?

Ronny: J’aime voir comment le lien entre économie et écologie devient de plus en plus clair. Un écosystème sain est aussi la base d’une économie saine. Nous voulons montrer qu’il est possible de faire évoluer les flux financiers, non pas vers la dégradation de la nature, mais vers sa restauration.

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