Une chaîne de valeur difficile à mesurer
« Une grande partie de notre chaîne d’approvisionnement était en réalité une boîte noire », explique Ann-Sophie. Avec des dizaines de milliers de fournisseurs et très peu de données disponibles au niveau des produits, une mesure précise s’est révélée complexe. La première année, un seul fournisseur a fourni une empreinte carbone produit.
Par ailleurs, ces données évoluent en permanence. De nouveaux éclairages, de nouvelles données et une maturité croissante font que les chiffres se déplacent d’une année à l’autre. Ce qui semble être une référence aujourd’hui peut déjà être dépassé demain. Tracer une trajectoire fixe devient dès lors presque paradoxal.
Avec 30 000 fournisseurs, il devient vite évident qu’on ne peut pas mobiliser tout le monde en même temps. « On peut contacter tous ses fournisseurs, mais cela donne rarement des résultats probants. » imec fait donc le choix de se concentrer. Non pas tout le monde à la fois, mais une sélection ciblée : des fournisseurs déjà avancés, des partenaires à fort impact, et des acteurs où le potentiel reste important.
Chez les plus avancés, le levier réside dans l’accélération, apprendre de ce qui fonctionne déjà. Chez les fournisseurs moins matures, il s’agit souvent de revenir aux bases : expliquer, se réunir, définir les premières étapes. « Parfois, il s’agit simplement d’expliquer les scopes 1, 2 et 3. Ou de regarder ensemble par où commencer concrètement. »
Du questionnaire au dialogue
Cette approche implique également une autre manière de travailler. Les questionnaires restent un point de départ nécessaire et offrent une première photographie. Mais ils sont rarement suffisants pour générer de réels progrès. « Beaucoup de fournisseurs renvoient simplement à leur rapport de durabilité, mais cela ne permet pas d’aller jusqu’au niveau du produit. »
La véritable avancée naît dans l’échange. Cela implique aussi de dépasser les interlocuteurs habituels : ne pas se limiter aux équipes commerciales, mais dialoguer avec les personnes directement impliquées dans le fond – équipes durabilité, experts ACV ou responsables énergie. Une fois ces profils autour de la table, la dynamique change.
« Les échanges sont souvent bien plus constructifs qu’on ne pourrait l’imaginer. »