Les banques comme alliées de la nature

Comment le secteur financier peut-il renforcer la biodiversité? Dans cet entretien, Ronny Jongen, Senior Impact Manager, montre comment la Banque Triodos met en place la transition vers des investissements positifs pour la nature et ce que cela implique pour les banques et leurs clients.

Ronny Jongen est Senior Impact Manager à la Banque Triodos et travaille depuis 17 ans dans le financement durable. À travers son rôle dans l’immobilier et le crédit, il étudie comment les banques peuvent stimuler la biodiversité – non pas uniquement comme un risque, mais comme une opportunité de restauration de la nature et de valeur sociétale.

Vous accordez une attention particulière à la biodiversité. Comment cela se traduit-il dans votre manière de travailler et d’investir ?

Ronny: La nature et la biodiversité font partie de l’ADN de Triodos Bank depuis sa création en 1980. C’est le prolongement logique de notre mission: financer le changement, mais aussi transformer le monde financier. Finance change, change finance. Lors de chaque demande de crédit, nous analysons d’abord si c’est en phase avec notre mission: quelle est la valeur culturelle, sociale ou écologique du projet?

Notre objectif est d’investir 500 millions d’euros dans des solutions fondées sur la nature d’ici 2030, allant de la restauration de milieux naturels à l’agriculture régénératrice. C’est pour nous un processus d’apprentissage: nous ne sommes pas experts en biodiversité, mais nous voulons devenir spécialistes du financement de la biodiversité. On ouvre la discussion avec nos clients en testant des projets pilotes et de nouveaux outils.

 

Triodos soutient The Biodiversity Shift en tant que flagship partner. Pourquoi était-il important pour vous d’accompagner ce réseau d’apprentissage?

Ronny: Parce que nous avons besoin à la fois de cadre théorique et d’expérience de terrain. Nous constatons que beaucoup d’organisations rencontrent les mêmes questions : comment rendre les actions en faveur de la biodiversité concrètes et applicables dans un contexte opérationnel ? Comment embarquer son management ?

Le réseau réunit des personnes actives sur le terrain, avec la volonté d’apprendre les unes des autres. C’est ce qui nous a convaincus. Cela nous aide aussi à mieux comprendre les obstacles rencontrés par nos clients ou partenaires, et à les soutenir plus efficacement.

 

Quels défis rencontrez-vous lorsque vous accompagnez vos clients vers plus de nature-positivité?

Ronny: Nous avons la responsabilité d’utiliser l’argent des épargnants de manière appropriée, mais ce que signifie « approprié » n’est pas toujours évident. Il nous faut donc des critères clairs pour mesurer, évaluer et rapporter notre impact. Trouver des projets à la fois écologiquement et financièrement durables reste difficile. Nous voulons investir 500 millions d’euros dans la restauration de la nature, mais le secteur a besoin de plusieurs milliards.

Nous examinons aussi comment intégrer davantage la biodiversité dans nos processus décisionnels, pas seulement dans l’octroi de crédit, mais aussi dans nos investissements et même la gestion de nos bâtiments. Nous développons des KPI pour ancrer cela durablement.

Les projets liés à la biodiversité donnent souvent des résultats sur le long terme, tandis que les financements ont généralement une durée plus courte. Cela complique l’engagement des clients et l’intégration de ces projets dans des modèles classiques. De plus, les bénéfices sont collectifs, tandis que les coûts sont individuels. Trouver un équilibre reste donc le plus grand défi.

Pouvez-vous donner un exemple concret?

Ronny: Nous cherchons surtout des projets où l’on peut créer de l’impact à l’échelle. En Belgique, nous soutenons Natuurpunt et Natagora, par exemple dans l’introduction de nature-based solutions dans le Parc de l’Entre-Sambre-et-Meuse, l’un des plus récents parcs nationaux.

La plupart de nos projets se situent toutefois au Royaume-Uni, en Espagne et en France. Au Royaume-Uni, nous finançons notamment Oxygen Conservation, une organisation qui rachète et restaure de grandes zones naturelles en reboisant, en protégeant les tourbières et en développant l’écotourisme. Ensemble, nous avons développé un modèle où le remboursement du financement est lié aux revenus générés par la restauration des écosystèmes.

Ce sont des projets à échelle modeste, mais porteurs de sens: ils montrent que la restauration de la nature peut être économiquement viable tout en créant de la valeur pour la société.

 

Les clients sont-ils prêts à franchir ce pas?

Ronny : Dans l’immobilier, il y a deux types de personnes : les convaincus et ceux qui ne connaissent pas grand-chose au sujet. Les premiers sont souvent déjà présents dans des programmes tels que Le tournant de la biodiversité. Les seconds ne réalisent pas toujours qu’investir dans la durabilité est également rentable d’un point de vue économique. Les bâtiments durables sont moins inoccupés, ont une valeur plus élevée et attirent plus facilement les jeunes talents.

Nous les accompagnons notamment en assouplissant parfois le loan-to-value et en fixant des exigences minimales: si les investissements durables promis ne sont pas réalisés, nous ne finançons pas le reste du projet.

Qu’en est-il des autres secteurs?

Ronny: Dans l’agriculture, les choses bougent également. D’ici 2026, nous attendons davantage de lignes directrices pour ce secteur. Même dans le secteur du cinéma, nous posons des questions d’impact : peut-on tourner localement, réduire les transports, proposer une restauration végétarienne ? Ce sont de petits gestes, mais ils font réfléchir.

Qu’est-ce qui vous motive personnellement à travailler sur la biodiversité ?

Ronny: J’aime voir comment le lien entre économie et écologie devient de plus en plus clair. Un écosystème sain est aussi la base d’une économie saine. Nous voulons montrer qu’il est possible de faire évoluer les flux financiers, non pas vers la dégradation de la nature, mais vers sa restauration.

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Jo Wuytack (Degroof Petercam) travaille sur une stratégie d’investissement qui ancre la biodiversité et relie la valeur économique à la responsabilité envers la nature.

En tant que Group Sustainability Manager chez Degroof Petercam, Jo Wuytack est en quelque sorte un « influenceur » de leur histoire en matière de développement durable. Il coordonne les efforts en matière de développement durable dans l’ensemble de l’entreprise : de la banque privée à la gestion d’actifs, en passant par la finance d’entreprise et les services de soutien, dans plusieurs pays. Qu’est-ce qui le motive ? Travailler quotidiennement avec des personnes passionnées et faire avancer les choses pour avoir un impact réel.

Quel est l’impact de Degroof Petercam sur la biodiversité et la nature ?

Pour Degroof Petercam, les principaux impacts sur la biodiversité – et aussi les plus grands leviers – se situent presque exclusivement dans nos activités du scope 3 : les investissements que nous gérons pour nos clients. En tant que gestionnaire d’actifs, nous considérons qu’il est essentiel d’informer nos clients et d’inclure la biodiversité dans nos analyses et discussions, étant donné son impact majeur sur l’économie.

Quelles sont les mesures prises par Degroof Petercam pour protéger et améliorer la nature sur ses propres sites ?

Avant notre participation au réseau d’apprentissage, la biodiversité était surtout discutée de manière informelle, sans plan d’action clair. Aujourd’hui, nous participons à Nature Action 100, une initiative dans le cadre de laquelle les investisseurs encouragent les entreprises à s’attaquer aux problèmes de biodiversité. Notre approche est double : d’une part, nous visons à sensibiliser nos clients aux risques et aux opportunités liés à la biodiversité ; d’autre part, nous continuons à encourager activement les entreprises dans lesquelles nous investissons à prendre des mesures.

Quels sont les plus grands défis à relever pour intégrer la biodiversité dans votre modèle d’entreprise ?

Les données. Il n’est pas facile de trouver des données fiables et accessibles et des indicateurs utiles. La biodiversité est un sujet très vaste qui ne peut être appréhendé par un ou deux paramètres. Pour de nombreuses entreprises, des termes tels que « espèces menacées » ou « consommation d’eau » restent des concepts abstraits, ce qui rend difficile l’établissement de priorités. Cela rend le sujet très complexe et parfois polarisant.

 

Comment la communauté de pratique de The Shift vous a-t-elle aidé à progresser ?

Nous avons commencé le programme en étant conscients de l’importance de la biodiversité, mais sans point de départ concret. Les sessions nous ont donné un aperçu clair des cadres émergents ainsi que la possibilité d’apprendre des autres personnes ayant des questions similaires. L’approche informelle – partager un café et écouter comment les autres abordent la question – a été très inspirante. Elle nous a donné à la fois un aperçu et l’envie d’aller plus loin.

Quels sont vos projets en matière de biodiversité dans un avenir proche ?

Depuis notre participation à l’Action Lab, notre société de gestion d’actifs, DPAM, s’est engagée à adopter rapidement le cadre de laTaskforce on Nature-related Financial Disclosures ( TNFD). D’ici 2025, nous rendrons compte de l’impact de la biodiversité sur les actifs de nos clients. Nous avons choisi un fournisseur de données qui se concentre spécifiquement sur la biodiversité et nous menons actuellement des analyses pour recueillir des informations. Sur la base de ces résultats, nous alignerons nos actions sur le Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal. Ce qui a commencé au DPAM inspirera également d’autres parties du groupe. C’est un défi, mais l’élan est là.

Quels conseils donneriez-vous à d’autres entreprises désireuses de se lancer dans le domaine de la biodiversité ?

Commencez par dresser un état des lieux de votre situation actuelle. Dans le secteur financier, il s’agit d’identifier les fournisseurs de données. Dans les secteurs industriels, il est préférable de commencer par des analyses du cycle de vie. À partir de là, vous pouvez prendre de petites mesures concrètes. Et surtout : recherchez le dialogue avec d’autres secteurs et collègues. Les gens aiment vraiment partager leurs idées. Il ne s’agit pas de recettes secrètes. La biodiversité est un défi pour toute l’humanité, pas seulement pour votre entreprise. La collaboration est essentielle.

 

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Qover est une insurtech qui aide les entreprises à offrir des expériences d’assurance fluides et axées sur la technologie. Grâce à notre plateforme modulaire, nous fournissons un filet de sécurité mondial qui aide les gens à profiter pleinement de leur vie. Nous servons des millions d’utilisateurs dans 32 pays européens, avec des partenaires tels que Revolut, Mastercard et BMW.

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Nous sommes spécialisés dans le leasing avec des solutions sur mesure pour les secteurs médical, agricole, de la mobilité, de l’industrie et des équipements au Benelux. Chez LeaseLine, nous croyons que tout le monde a droit au bonheur au travail, à l’épanouissement personnel et aux opportunités financières. Nous voulons renforcer les personnes et les entreprises avec chaque service.

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Impact Finance Belgium est une association membre qui a pour objectif d’augmenter la part de capital à impact et durable en Belgique. IFB réunit des fournisseurs de capitaux qui s’efforcent d’avoir un impact mesurable sur les personnes et la planète. Ils accueillent toutes les parties prenantes de l’écosystème de la finance à impact, telles que les fondations, les investisseurs à impact et les bailleurs de fonds traditionnels.

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Castior est un investisseur actif qui soutient les entrepreneurs qui prennent la transition vers une économie plus durable. Nos thèmes d’investissement sont la santé, la circularité et les infrastructures durables.

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